Dehors, l'obscurité est totale. C'est qu'on est dimanche, et qu'il est à peine 5h30. Nous nous rendons au lieu de rendez-vous et retrouvons notre aérostier. Oui, notre aérostier. Car aujourd'hui, ma femme et moi allons nous envoler à bord d'une montgolfière. En silence, nous regardons notre aérostier faire les derniers préparatifs. Il propulse de l'air froid dans un immense tissu à l'aide d'un ventilateur, puis termine avec un brûleur. Le ballon prend doucement forme. Il y a comme un parfum de magie dans l'air. Nous en aurons eu, des difficultés, à faire ce vol. C'est qu'un vol en montgolfière requiert une météo rigoureuse. Pas de pluie, un peu de vent mais pas trop, pas de fortes chaleurs... C'est ce qui explique que notre vol a été reporté trois fois. Nous commencions à croire qu'on ne le ferait jamais.
Mais le ballon est enfin prêt à partir et nous grimpons dans la nacelle. Quatre autres personnes participent à ce vol. Sitôt embarqués, notre ballon prend de la hauteur. Le décollage se fait sans le moindre bruit. Si je n'avais pas eu les yeux grands ouverts, je ne m'en serais peut-être pas rendu compte. Mais fermer les yeux aurait été un crime. Face à tant de beauté, nous en restons silencieux. Hormis le brûleur qui crachote à intervalles réguliers, il règne un calme olympien dansl a nacelle. J'ai rarement fait l'expérience d'un silence d'une telle consistance. On se laisse porter par le vent, émerveillés. Un coup de brûleur nous fait monter à 1500 mètres pour voir le lever du soleil. C'est tellement beau que ma femme verse une larme. Nous montons et descendons durant une heure, puis le moment est venu d'atterrir. Notre aérostier nous dit une nouvelle fois d'avoir les genoux pliés pour amortir une partie du choc, mais nous atterrissons sans problème. Il est temps de rentrer à la maison. Mais en regardant les visages de chacun, je mettrais ma main au feu qu'aucun de nous ne risque d'oublier ce moment hors du temps.
Si ce vol a fait des émules parmi vous, voilà le site où je l'ai trouvé ! :) Retrouvez toutes les infos sur cette activité de vol en montgolfière à Poitiers en suivant le lien.
jeudi 5 avril 2018
mardi 27 mars 2018
Garantir l’équilibre financier du système par un juste partage des risques
Le débat sur le coût des médicaments, notamment innovants, occupe l’espace public de façon plus prégnante qu’il y a une ou deux décennies. En effet, certaines thérapies entraînent aujourd’hui des coûts de traitement spectaculaires (oncologie, Hépatite C…). Le coût de certains traitements, pour des tout petits nombres de patients, peut parfois dépasser plusieurs centaines de milliers d’euros par an et par patient. De façon légitime, ce débat pose donc la question de la capacité de notre système de santé à financer sur le long terme ces thérapies pour l’ensemble des patients éligibles. Cependant, ces préoccupations ne sauraient occulter le fait que ces thérapies apportent des progrès parfois spectaculaires en matière de progrès thérapeutiques. Là émerge la tension sur ce sujet : à de tels niveaux de prix, mettre à disposition de l’ensemble des patients éligibles les thérapies innovantes dont ils ont besoin mettrait en péril la pérennité de notre système de santé. La problématique du prix des produits innovants peut être résolue, avec la mobilisation de l’ensemble des acteurs du système de santé : pouvoirs publics, financeurs, industriels, médecins, patients. En effet, l’enjeu est ici de s’assurer que les équilibres de chacune de ces parties prenantes demeurent conservés, et que nul ne pâtisse de décisions arbitraires et inadaptées. Cette problématique pose en effet le débat d’une réforme en profondeur de notre chaîne d’évaluation et de fixation de prix, dont ce rapport traite en partie. La HAS, le CEPS, et les organismes payeurs doivent travailler de façon plus étroite. Cette pluridisciplinarité des points de vue doit par ailleurs se retrouver au sein de chacun de ces organismes. À ce titre, la section médicament du CEPS, est composée de l’ensemble des acteurs impliqués du ministère des Solidarités et de la Santé (Direction de la Sécurité sociale, DSS ; Direction générale de la santé, DGS ; Direction générale de l’Offre de soins (voix consultative), DGOS), du ministère de l’Économie (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, DGCRF ; Direction générale des entreprises, DGE), du ministère de la Recherche (la Direction générale de la recherche intervient comme voix consultative) mais également la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS), la Caisse nationale du régime social des indépendants et l’Union nationale des organismes d’assurance maladie complémentaire. Pour autant, dans la pratique, et du point de vue de nombreux acteurs interrogés, la DSS est devenue l’acteur ayant le plus de poids dans la décision finale, faisant perdre la transversalité des points de vue pourtant représentés.
vendredi 2 février 2018
Italie: l'inégalité va de pair avec la richesse
On se demande parfois pourquoi la France s'est embourbée dans un tel micmac de prestations sociales et d'impositions sur le revenu. En tout cas, c'est une question que je me pose souvent. Et récemment, j'ai peut-être un élément de réponse à cet égard. J'ai en effet participé à un meeting à Milan où un intervenant a su se démarquer en décrivant la matrice que suivent tous les pays en matière de répartition de richesse. Son intervention mettait en lumière comment ceux-ci répartissent systématiquement la richesse en fonction de leur niveau de développement, jusqu'à atteindre une certaine limite. Il a commencé par démontrer que dans les sociétés très pauvres, l’inégalité était plutôt faible. Tout le monde se trouve en effet globalement dans la même situation précaire et les différences de revenus sont par conséquent réduites. Quand la société s’enrichit, c'est une autre paire de manches, en revanche : dès lors, l’inégalité peut se creuser. Car il faut bien comprendre que dans le cas d'une phase de croissance forte, tout le monde ne progresse pas aussi vite. Au cours de cette phase critique, les clés de la réussite sont surtout les liens avec la classe dominante. Vu qu'au départ, ces facteurs varient sensiblement selon les individus, l'accroissement de la richesse au sein de la société sera également assigné de manière très inégale. L’ensemble de la prospérité proliférera extrêmement vite mais tout le monde n’en profitera pas au même degré. C’est un phénomène qu'on observe par exemple en ce moment en Chine. Mais un changement se fait jour à partir d’un certain niveau de revenus. Le citoyen moyen est aussi devenu un électeur ; il peut dès lors faire clairement entendre que la redistribution est essentielle à ses yeux, ce qui en fera de plus en plus une priorité des politiques. Les pays occidentaux se trouvent en grande majorité dans cette phase d’inégalité très faible. Si ce meeting m'a surtout plu pour son organisation aux petits oignons, je dois dire que l'exposé de cet intervenant m'a ravi, car il livrait une des clefs de la compréhension d'un problème complexe et rarement démêlé. Suivez le lien pour en savoir plus sur ce séminaire en Italie.
mercredi 24 janvier 2018
Quelques plaisanteries philosophiques
Il y avait même des plaisanteries dans l'école sur ce sujet de l'infaillibilité du sage. Aristo de Chios, tout en faisant sécession sur d'autres questions, a tenu fermement au dogme que le sage n'a jamais opiné. Persée lui a joué un tour. Il a fait un de deux frères jumeaux déposer une somme d'argent avec lui et l'autre appel pour le récupérer. Le succès du tour ne fit cependant qu'établir qu'Aristo n'était pas le sage, aveu que chacun des stoïciens semble avoir été assez prêt à faire de son côté, car les responsabilités de la position étaient si fatigantes. Il reste une caractéristique majeure du sage, la plus frappante d'entre toutes, et la plus importante du point de vue éthique. C'était son innocence ou son innocuité. Il ne ferait pas de mal aux autres et ne devait pas être lésé par eux. Car les stoïciens croyaient avec Socrate que la loi divine ne permettait pas à un homme meilleur d'être blessé par un pire. Vous ne pourriez pas plus nuire au sage que vous ne pourriez nuire à la lumière du soleil; il était dans notre monde, mais pas de cela. Il n'y avait aucune possibilité de mal pour lui, sauf dans sa propre volonté, et que tu ne pouvais pas toucher. Et comme le sage était au-delà du mal, il était aussi au-dessus de l'insulte. Les hommes pouvaient se déshonorer par leur attitude insolente envers sa douce majesté, mais il n'était pas en leur pouvoir de le déshonorer. Comme les stoïciens avaient leur analogue au principe de l'assurance finale, ils l'étaient aussi à celui de la conversion soudaine. Ils ont soutenu qu'un homme pourrait devenir un sage sans en être au premier abord conscient. La brusquerie de la transition de la folie à la sagesse était conforme à leur principe selon lequel il n'y avait pas de milieu entre les deux, mais c'était naturellement un point qui attirait les restrictions de leurs adversaires. Qu'un homme fût à un moment stupide et ignorant et injuste et intempérant, un esclave et pauvre, et destitué, à l'instant un roi, riche et prospère, tempéré, et juste, sûr dans ses jugements et exempt de l'erreur, était une transformation, disaient-ils, qui faisait plus entendre les contes de fées de la pépinière que les doctrines d'une philosophie sobre.
lundi 18 décembre 2017
Un accident
Le mois dernier, je me suis offert un stage de pilotage GT à Mettet. Je comptais en parler dans ce billet, puis je suis tombé sur un article évoquant la disparition de la princesse Diana. J'ai eu envie de revenir sur cet accident épouvantable qui a fait couler tant d'encore à l'époque. De nombreuses théories ont en effet suivi ce drame hors norme. On a accusé le flash d'un paparazzi, envisagé un attentat monté par le MI6... Mais la vérité se révèle, en fin de compte, bien plus regrettable.
La voiture de la princesse a filé dans le tunnel à environ 150 km/h, et a alors dû éviter une petite Fiat qui roulait à allure normale. Le chauffeur de Lady Di a voulu freiner, a touché l'autre automobile sur le côté, cherché à redresser mais n'est pas parvenu à maîtriser sa trajectoire. Le conducteur de la Fiat, comprenant la situation, a alors pris la fuite et a repeint la carrosserie de son véhicule pour se faire oublier. De toute évidence, tout ça n'a rien du complot savamment élaboré.
Les dernières révélations à propos de cette nuit dévoilent une multitude de problèmes ayant conduit à cette situation. Pour n'en prendre qu'un parmi d'autres, la Mercedes, qui avait 11000 km, avait mené une existence assez mouvementée avant ce soir-là. Elle avait en effet été achetée par un propriétaire à l'état neuf, puis braquée, et retrouvée entièrement démolie à Roissy. Elle avait du coup été classée comme véhicule gravement endommagé. Elle était destinée à la ferraille, mais elle a pour finir intégré la société Etoile Limousine, qui est un partenaire du Ritz. Histoire de ne rien gâcher, le chauffeur de Lady Di ne pouvait pas conduire une telle limousine : elle était cataloguée dans la catégorie grande remise, qui demande un permis spécialisé. Mais l'amant de Lady Di souhaitait retourner immédiatement à son domicile parisien et c'est donc cette berline qui a été choisie. Parce qu'il fallait proposer une solution dans la minute et qu'elle était disponible. Tout simplement. Un accident tellement stupide qu'on en préfèrerait presque les théories de complot.
Histoire de ne pas mélanger torchons et serviettes, je vous parlerai de ce stage de pilotage GT dans un prochain billet. Mais vous pouvez toujours voir ce site, si vous êtes comme moi un fan des voitures de sport. Je vous laisse le lien vers le site spécialiste des plus belles voitures du monde.
vendredi 15 décembre 2017
La réalité des migrants
Epuisés par des mois de blocage en Serbie, des dizaines de jeunes migrants survivent dans des conditions effroyables à Sid, petite ville à la frontière avec l’Union européenne qu’ils tentent chaque jour de franchir. Alors que l’hiver s’installe, chaque matin, ils se dirigent frigorifiés vers une imprimerie désaffectée. La dernière gare avant la Croatie est toute proche. Sous l’oeil de la police et parfois en butte aux critiques de la population locale, des bénévoles occidentaux y distribuent café, pommes, oeufs, de l’eau pour un brin de toilette. Un générateur est installé pour recharger les téléphones portables. Ils fournissent aussi tentes, chaussures, vêtements… Certains migrants marchent beaucoup: leur campement est à l’écart, dans la forêt parfois, pour rester à distance de la police. Les vêtements sont boueux, les traits tirés, les visages vieillis. « Je suis brisé », dit un Afghan de 28 ans, qui se présente comme « Sirg » et raconte le froid des nuits serbes dans ces « jungles ». « On se dit qu’au matin, nous serons décédés », poursuit-il. Il affirme avoir tenté plus de 60 fois de passer en Croatie, dit qu’il est même arrivé une fois en Slovénie avant d’être intercepté et renvoyé. Selon Andrea Contenta, de Médecins sans Frontière, quelque 5.000 migrants sont bloqués en Serbie, la plupart dans des centres officiels. Environ 500 dormiraient dehors, ici, à Belgrade ou encore à Sombor, dans le nord. Pour ces hommes, les chances de réussite diminuent avec le temps: les frontières sont mieux protégées, ils s’affaiblissent, tombent malades, l’argent est plus rare. « On tente chaque jour. On est fatigués », dit Hamza, 27 ans, de Biskra, en Algérie, qui entend rejoindre la Belgique. Cet homme qui refuse de donner son nom a été intercepté et repoussé dans la nuit par la police croate. Il réessaiera le jour même, une fois réchauffé. Tous les moyens sont bons: à pied, dissimulés dans des camions, dans le châssis des trains de fret ou sur leur toit… « Sans espoir, sans alternative, certains décident de prendre d’énormes risques pour poursuivre leur voyage, sans se préoccuper des dangers et des rigueurs de l’hiver », dit Andrea Contenta. « Les mesures de dissuasion de l’Europe n’arrêteront pas ces gens », prévient-il. « J’essaye et j’essaye encore », dit Ali Amjad, 24 ans, de Kaboul. Cela fait presque deux ans qu’il est en Serbie. Comme « Kako » à ses côtés, qui rit sans raison et donne des signes manifestes de troubles psychiatriques. Parfois des bagarres éclatent, entre différentes nationalités. La semaine dernière, un Nord-Africain a été poignardé au coeur et évacué vers l’hôpital de Novi Sad. Un Algérien qui se présente comme « Miki » Salem, 21 ans, a le bras en écharpe, montre des bandages sur les fesses, où il a été poignardé: « C’était les Afghans, ce n’était pas une bagarre, c’était de l’agression pour l’argent », dit-il.
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